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Quand la toile révèle ce que je porte

16 juin
2 min de lecture

J’ai souvent l’impression que mes toiles savent avant moi.

Avant que je mette des mots sur ce que je ressens. Avant même que je comprenne ce qui m’habite.


Ces dernières semaines ont été chargées émotionnellement. Mon fils traverse une période fragile. Son hospitalisation récente, les ajustements de médication, la perte de certains services à cause de son attitude non approprié, les inquiétudes liées à ses comportements… tout cela crée une pression constante.

Une fatigue intérieure. Une tension silencieuse.

Et comme souvent, sans que je le décide consciemment, tout cela trouve son chemin jusque dans l’atelier.

En travaillant cette dernière toile, je sentais une résistance.

Les masses venaient naturellement. Les structures s’imposaient avec force. Les formes se refermaient. Mais quelque chose bloquait. La lumière ne voulait pas entrer.

J’essayais d’ouvrir l’espace, d’alléger certains passages, mais instinctivement je revenais vers le sombre, vers la densité, vers des formes lourdes et fermées.

Comme si mon état intérieur dirigeait ma main avant ma pensée.

C’est là toute la force de l’abstraction.

Contrairement à une peinture figurative qui raconte une image reconnaissable, l’abstraction raconte l’invisible. Elle donne forme à ce qui ne peut pas toujours se dire.

Un poids devient une masse. Une tension devient une ligne. Une blessure devient une fracture dans la composition. Une retenue devient une compression. Une respiration devient une ouverture lumineuse.

Et c’est exactement ce qui s’est passé ici.

En regardant cette toile aujourd’hui, je vois mon état d’âme.

Je vois la lourdeur. Je vois le besoin de tenir. Je vois l’enfermement. Je vois cette tension intérieure qui cherche son équilibre.

Mais je vois aussi autre chose.

Mon professeur m’a poussée à ajouter de la lumière dans le coin supérieur gauche.

Sur le moment, c’était un geste technique. Une décision de composition.

Mais avec recul, je comprends que ce geste était symbolique.

Cette lumière n’était pas seulement nécessaire pour l’équilibre visuel.

Elle était nécessaire pour l’équilibre émotionnel de l’œuvre.

Parce qu’une toile, même traversée par l’ombre, a besoin d’un espace de respiration. Comme nous.

Ce que je trouve fascinant, c’est que l’abstraction ne ment jamais.

Elle révèle nos états intérieurs avec une vérité brute.

Elle expose nos tensions, nos peurs, nos espoirs, nos résistances.

Elle devient parfois le reflet exact de ce que l’on porte sans le savoir.

Et peut-être que c’est pour ça que je peins.

Pas pour contrôler.

Pas pour illustrer.

Mais pour comprendre.

Comprendre ce qui m’habite. Comprendre ce qui insiste. Comprendre ce qui cherche encore la lumière.

Parce qu’au fond, chaque toile que je peins est une conversation silencieuse avec moi-même.

Et parfois, elle me révèle plus que ce que j’étais prête à voir.


Mallar


Murmure visuel, pourtant là



 
 
 

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​© Maryse Allard(Mallar)

Murmure visuel,pourtant là

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