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Pourquoi l'abstraction contemporaine?

16 juin
3 min de lecture

Quand j’ai commencé à peindre, une chose s’est imposée assez vite : je n’avais pas envie de reproduire le réel. Je n’avais pas envie de copier une image, de suivre un modèle ou de chercher la perfection du dessin.

Ce que je cherchais était ailleurs. Je cherchais un espace de liberté.


Point de départ

L’abstraction contemporaine m’a permis d’entrer dans la création autrement. Sans contrainte de représentation. Sans devoir « bien dessiner ». Sans devoir ressembler à quelque chose de précis.

Pour moi, cette liberté a été une porte d’entrée naturelle.

Créer sans image imposée me permet de laisser l’imagination travailler, de faire confiance à l’instinct et d’accepter l’inconnu.

Mais cette liberté ne signifie pas absence de structure.

Au contraire.

L’abstraction me permet de travailler ce qui me passionne profondément : les tensions de composition, les rapports de masses, les contrastes de valeurs, les superpositions de matières et la respiration entre les formes.

C’est là que je me sens vivante dans le processus.


Pendant longtemps, j’ai compris que certaines choses en moi ne pouvaient pas toujours se dire avec des mots.

La vie, les épreuves, les tensions, les silences, les blessures, les reconstructions… tout cela laisse des traces.

À travers l’abstraction, je peux faire vivre cette histoire autrement.

Pas en la racontant. En la faisant ressentir.

La matière devient mémoire. La couleur devient émotion. La texture devient passage.

Vivre auprès de mon fils autiste non verbal a profondément transformé ma manière de percevoir le monde.

Son silence, sa manière d’habiter l’espace, sa façon d’exister sans toujours pouvoir traduire ce qu’il ressent avec des mots m’ont amenée à développer une autre forme d’écoute. Une écoute plus sensible. Plus intuitive. Plus profonde.

C’est à partir de ce vécu qu’est née la série Tension murmurée.

Une série qui explore ces tensions invisibles, ces mondes intérieurs, ces forces contenues qui cherchent à exister autrement.

Les masses traduisent le poids vécu. Les verticales parlent de tenir debout.Les zones centripètes parlent d’intériorité.Les lumières deviennent des passages d’espoir.

À travers cette série, je ne raconte pas son histoire. Je traduis une réalité ressentie.

Un langage silencieux où la matière, la couleur et la tension deviennent présence.


Quand je peins, je ne cherche pas une image.

Je cherche une présence.

Je construis avec les masses, les tensions, les contrastes, les respirations. J’avance couche par couche, parfois dans le doute, parfois dans l’élan.

Le geste laisse une trace.

La matière garde mémoire.

La couleur impose une vibration.

Ce que j’aime dans l’abstraction, c’est qu’elle me permet d’explorer sans savoir exactement où je vais.

Le tableau se révèle pendant que je le construis. et souvent, il me révèle quelque chose sur moi.

Il y a aussi dans mon travail une place importante pour le silence.

Ces espaces suspendus où quelque chose existe sans être dit.

L’abstraction me permet de peindre ce silence.

Et parfois, ce silence parle plus fort que l’image elle-même.


J’ai compris avec le temps que peindre abstrait n’était pas une facilité.

Au contraire.

Ne pas avoir d’image à suivre demande d’écouter davantage. Observer plus finement. Faire des choix plus assumés.

En abstraction, rien ne peut se cacher derrière le sujet.

Tout repose sur l’équilibre, la force du geste, la cohérence des couleurs, la tension de la composition. C’est un langage exigeant. Mais profondément vrai pour moi.

J’ai aussi compris qu’en peignant abstrait, je ne cherchais pas seulement à créer pour moi.

Je cherchais aussi à ouvrir un espace pour l’autre.


Ce que l’œuvre enseigne

L’abstraction m’enseigne à faire confiance.

À accepter l’imperfection.

À accueillir ce qui apparaît.

Elle m’apprend aussi qu’on peut exprimer énormément sans tout montrer.

Que parfois, le silence contient plus de vérité qu’une image précise.

J’aime que l’œuvre reste ouverte.

Que chacun puisse y entrer avec sa propre histoire, son vécu, ses émotions.

Sans qu’une image précise limite son interprétation.

C’est ce dialogue silencieux entre l’œuvre et celui qui la regarde qui m’intéresse profondément.

Et surtout, elle me rappelle qu’une œuvre n’a pas besoin d’expliquer pour toucher.


Conclusion

Aujourd’hui, je sais pourquoi je peins abstrait.

Parce que c’est là que je me sens libre.

Parce que c’est là que mon histoire peut respirer.

Parce que c’est là que je peux transformer l’invisible en présence.

Parce que c’est là que la matière, la couleur et la tension deviennent un langage vivant.

Et peut-être que c’est ça, au fond, le rôle de mon travail :

Créer un espace où chacun peut reconnaître quelque chose de lui-même, sans qu’on lui impose quoi voir.

Mallar

Un murmure visuel. Pourtant là.



2 commentaires

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Steve
16 juin

Wowww! Très beau texte!

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Invité
16 juin
En réponse à

Merci c'est gentil

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mallar logo artiste peintre
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​© Maryse Allard(Mallar)

Murmure visuel,pourtant là

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